mercredi 6 mars 2013

Du syndicalisme en général et des syndicats en particulier


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Article à paraître dans les colonnes du Quotidien d'Oran du Jeudi 7 Mars 2013 que vous pouvez consulter également sur les liens suivants:
- en format pdf: http://fr.calameo.com/read/000370446e9eaa06e7548
- en format html:http://www.lequotidien-oran.com/?news=5180148

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Tandis que les partis politiques dans leur globalité souffrent affreusement de la pénurie de militants comme le démontrent les maigres assistances en nette régression des citoyens à leurs différents meetings lors des deux dernières élections législatives et locales, le syndicalisme, de son côté, continue tant bien que mal selon les circonstances qui ne lui sont guère favorables à mobiliser périodiquement ses troupes avec constamment la menace du glaive de la justice sur sa tête si jamais il décide d’aller au débrayage. Certes, les partis politiques ont vu leur rang grossir en dépassant toutes les imaginations depuis environ une année par l’obtention d’agréments pour plusieurs nouvelles formations mais le degré du militantisme n’a pas bougé d’un iota, la preuve par ce manque d’engouement de plus en plus criard sur les précédents scrutins.  

LE SYNDICAT, PARENT PAUVRE DES RÉFORMES

Quant au syndicalisme, certains éventuels syndicats sont toujours en instance d’obtention de leur fameux sésame d’acceptation. Les bâtons sont aussitôt mis dans leurs roues si le désir et la volonté de création d’un syndicat se font sentir au sein de corporations qui veulent défendre légitimement leurs droits sous d’autres bannières autres que celle de la centrale officielle ou sous l’égide d’autres syndicats qualifiés selon chaque camp comme quasi ou pseudo-indépendants.

On ne peut que se poser la question pourquoi seuls les syndicats dits libres sont coincés par le refus sournois de leur agrément malgré leur respect des lois en vigueur par le suivi de toutes les démarches comme ils le clament haut et fort sans que leurs voix ne soient audibles par les décideurs. Mais s’ils demanderaient leur reconnaissance sous le manteau du syndicat parrain, là sans aucun doute ils seraient légalisés dans les minutes qui suivraient leur vœu.

Comme on le constate, on mijote dans les hautes sphères à un retour de l’ancien système syndical qui ne dit pas son nom et où tu fais semblant de faire grève durant une journée et le lendemain une réunion médiatisée par l’unique entre syndicat-gouvernement avec à la fin devant les caméras de la télévision et les crépitements des flashs des appareils photos l’effet d’annonce  à la une du JT de 8 heures se déroulant conjointement en présence des deux parties où tu aurais l’impression de n’arracher que du vent. Si tu resterais dans le giron authentifié, tu aurais toutes les facilités pourvu que tu fasses des remerciements à l’infini à tous ceux qui ont daigné satisfaire tes requêtes sur tous les microphones qui te seraient tendus.

Pourquoi donc ce sont-ils donc uniquement les syndicats qui prônent leurs indépendances qui ne sont pas concernés par les réformes du post-printemps arabe ? Qu’elles soient bonnes ou mauvaises. Pourquoi aucune déclaration n’émane-t-elle pas dans ce sens des autorités directes sur le mutisme pesant ? Le silence risque de persister encore longtemps sans qu’aucune réponse satisfaisante ne soit donnée. Le syndicalisme, c’est l’oublié de ces réformes. Il est le parent pauvre. C’est même une véritable énigme des réformes entamées.

LES OUBLIÉS DES BI ET TRIPARTITES

Pourquoi donc les syndicats dits autonomes ne sont jamais invités aux tripartites et autres bipartites qui se tiennent périodiquement ? Ne sont-ils pas en mesure d’évaluer l’état économique et social du pays ou de pouvoir formuler de bonnes propositions ? Ne possèdent-ils pas les compétences nécessaires même s’agissant de syndicats universitaires ? Ou bien a-t-on juste besoin dans la marmite que du syndicat qui ne caresse que dans le sens du poil ?  Pourquoi sont-ils marginalisés depuis longtemps au point où ils ne sont que rarement reçus dans leurs secteurs respectifs comme si on s’efforce à étouffer leur écho. 

Depuis l’ouverture du pluralisme syndical dans les années 90, on n’a jamais vu un de ces syndicats reçu par un premier ministre même au pire moment des grèves qui avaient paralysé les secteurs universitaire et de toute l’éducation nationale. Pourquoi un tel mépris envers ces syndicats dits indépendants qui posent les réels problèmes ? Autant de questions dont on ne recevrait jamais que des réponses évasives et voilées des autorités à leur sujet. Sans une pleine et indéniable reconnaissance, leur ombre continuerait ainsi à planer sur les discussions opaques et en son absence et à hanter indiscutablement les arcanes gouvernementaux.

LES SYNDICATS CONCRETS, SÈVE  DE LA SOCIÉTÉ CIVILE

Le syndicalisme fait en principe du champ de la société civile et c’est peut-être là la véritable cause du black-out fait autour de lui. On veut des syndicats qui clament que tout va bien, le contraire de ce qu’expriment les forces qui bougent et qui activent sur le terrain. On ne veut sans doute pas à avoir comme antagonistes que des formations préfabriquées, des bénis oui-oui à volonté. On ne veut non plus voir des syndicats corporatifs qui luttent en se battant réellement, ce qui pourrait constituer un prélude à l’émergence de confédérations qui pourraient pourquoi pas à l’avenir damer le pion à celle qui a été choisie à jouer éternellement le rôle principal et qui a accompagné les autorités dans toutes les antécédentes réformes antisociales depuis plus de deux décennies, aux antipodes du syndicalisme en général.

Il faut récompenser celui qui a servi par le passé. Celui qui a été prédestiné pour être l’émissaire certifié sur le papier auprès de tous les travailleurs sans aucune exception. Pourtant aucune statistique n’existe sur la représentativité à part des chiffres indémontrables lancés en l’air sans qu’aucune organisation non gouvernementale ne puisse les vérifier. Pourtant selon la loi, tout syndicat doit présenter chaque année des chiffres assermentés aux autorités mais dont le syndicat historique en est exempt. Mais qui est-ce qui ose donc à les réclamer à la puissante  administration ? Dont son champ chevauche le plus normalement du monde à la politique et avec le risque de se remettre immédiatement à l’ordre, banni à jamais. Ne touche pas à mon outil de subsistance, de survie et de la légitimité sans fin !

Mais sur le terrain, tout le monde n’est pas dupe. C’est une autre paire de manches. Il y a longtemps que le syndicalisme officiel se pratique dans les salons feutrés des hôtels pour les syndicats qui ont perdu toute crédibilité et leur probité. Le malheur, c’est lorsque des syndicats autonomes sont créés de toutes pièces pour servir d’émules de la pratique syndicale du temps du parti unique, telle cette multitude de partis en politique qui ne sont là que pour approuver et ressembler au grand parti protecteur dont les arrangements électoraux locaux et nationaux l’ont entièrement confirmé.

Ils se sont rangés du côté de ceux qui pourfendent les acquis des travailleurs qu’ils les avaient lâchés sitôt la crise avec toutes ses amères conséquences s’était pointée. Certes, tout syndicat doit privilégier la négociation mais lorsque celle-ci butte sur un mur, il doit alors prouver son existence sur le terrain sinon ce serait sa morte lente en perdant de sa verve et puis de la confiance de ceux qu’ils l’ont mandaté comme délégué.

ENTRE L'ENCLUME OPPORTUNISTE ET LE MARTEAU POLITIQUE

Actuellement, le syndicalisme n’est plus un choix. Il est là pour servir uniquement d’ogre à l’adversaire, à l’apeurer, à faire pression sur lui pour l’obtention d’un quelconque privilège ou pour se répartir le gros morceau. La chose à laquelle cogite, en premier lieu lorsque quelqu’un est éjecté de son poste de responsabilité, est de revenir vite aux avant-postes. Il faut occuper hâtivement la scène avant que ne soit trop tard même si on ne fait plus partie du staff dirigeant. Le meilleur stratagème est de flairer le syndicat qui lui sied à ses pieds, peu importe sa couleur, l’important est de voir à la fin ses projets se réaliser. Il faut rapidement se repositionner non pas pour défendre les principes fondamentaux des adhérents, qu’il les a illusionnés pour se faire élire,  mais pour assouvir ses obscurs désirs. Ses enjeux peuvent être strictement politiques s’il veut disposer d’un outil à les satisfaire pleinement ou matériels s’il veut décrocher le poste le plus convoité qui le hisserait vers les cimes de la fortune et en garnissant son carnet d’adresses de connaissances de personnalités les plus inespérées.

L’opportuniste doit se refaire une virginité en voulant prendre sa revanche sur ceux qui l’ont éloigné du centre des décisions, masqué du visage d’un syndicat. Il n’est là que pour faire chanter ses adversaires à être rappelé à occuper d’autres fonctions attrayantes. De l’opposant farouche au syndicalisme, il projette  brusquement de briguer sa tête pour viser dans le futur une nouvelle charge. C’est la raison pour laquelle il s’abrite derrière le syndicat sur lequel il a tout misé en fondant toute sa stratégie à reconquérir les sommets. On a tendance à passer de l’un à l’autre sans qu'une quelconque morale ne soit effleurée. Le syndicat est donc devenu pour ces personnes totalement étrangères au syndicalisme, comme au sein de la plupart des partis politiques, juste un strapontin à gravir allègrement comme une échelle pour se remettre au même niveau que ses compères d’hier. Leur passage éphémère en son sein n’est qu’un concours de circonstances tel un bon filon à exploiter.

C’est pourquoi les syndicats sont entre l’enclume des opportunistes qui les cernent de toutes parts et entre le marteau de certains milieux politiques en quête de légitimité populaire et qui se dissimulent derrière pour mieux les contrôler. Regardons ce qu’on a fait de la majorité des associations syndicales estudiantines qui ont complètement déviés de leur sermon.

Un syndicat qui larguerait les opportunistes et se déférerait des griffes des politiques ne pourrait que sortir grandi en retrouvant toute sa liberté d’action et tous ses mouvements libres et sains en n’agissant que selon les propres intérêts de ses syndiqués et de la nation dans sa totalité. Le chemin de l’opportunisme ne serait plus la voie à emprunter au sein du syndicalisme qui a été souillé et malmené par cette bande qui ne voit en lui qu’un passage vers le paradis.

La voie purement politique est aussi désignée pour ceux qui veulent exercer la diplomatie sur le dos des travailleurs qui doivent s’abstenir de mettre en évidence leurs convictions politiques lorsqu’ils militent pour leurs seules revendications socioprofessionnelles. Cela ne doit pas éloigner les syndicats de faire de la politique, aucun contraire, ils doivent émettre leurs opinions dans la transparence en donnant leurs avis sur toutes les politiques qui ont trait à la vie socio-économique du pays.

D’autre part, le souhait non avoué de tout premier responsable, est aussi d’influencer toute élection d’une section syndicale pour voir émerger devant lui de soi-disant syndicalistes justes pour lui plaire en fermant les yeux sur tout débordement gestionnaire et en laissant sur le carreau les adhérents qui se sentent trop tardivement piégés. Les dés sont déjà pipés. Lorsque des travailleurs veulent s’organiser en section syndicale dans un établissement, le manageur spécule d’abord à placer ses pions en leur mimant discrètement à investir le nouveau bureau pour bien asseoir sa domination non sans mettre à leur disposition tous les moyens pour parvenir à leur dessein. Et c’est la même logique qui règne partout chez les autres syndicaux se trouvant aux alentours  de  sa propriété. On ne veut d’aucune surprise qui pourrait surgir des urnes. Le comble, c’est lorsque tu vois désigné un délégué qui porte également la casquette d’un responsable sans que cela ne choquerait personne.

A CHAQUE CHEF, SES SYNDICATS COURTISANS

Pour monter un semblant de pluralisme syndical, la trouvaille de ces derniers temps est aussi de diversifier dans les établissements les syndicats courtisans, plus ce type de syndicats est florissant et plus le chef serait serein pour les beaux jours à passer dans son domaine. Il peut même faire jouer la concurrence entre eux en tirant le meilleur profit de sa prospérité. Si l’un de ces syndicats n’accepterait pas ses enchères, d’autres en manque flagrant de représentativité accourraient en repreneurs exclusifs. Ils seraient ainsi les envoyés spéciaux syndicaux permanents auprès de sa majesté en signant avec les dix doigts. Plus flatteurs et encenseurs que nous, tu meurs !

Tout doit se préparer en amont pour prédire son destin. C’est pareillement au même jeu dont se prêtent les autorités lors des échéances électorales. Pour bien faire leur beurre en toute quiétude, il ne faut pas qu’ils soient troublés dans leur gouvernance éloignée de toutes les imprévisibles hostilités.

LE SYNDICALISME PATERNALISTE ET RENTIER

Lorsque tu reçois dans ta boite email un message venant d’un syndicat qui se bat dans la virtualité et qui s’agite sous le parapluie du grand syndicat que c’est grâce à la bénédiction du patron qui a de bonnes relations auprès des autorités et a les faveurs des gouvernants et non aux combats permanents des enseignants qui vont  percevoir une nouvelle prime, tu te dis que le syndicalisme paternaliste et rentier a encore de beaux jours à l’horizon.

S’il fallait faire du bien, il existe dans ce pays des centaines de milliers de travailleurs qui avaient regagné le lot des chômeurs sans que ce même secrétaire général ait pu lever le moindre petit doigt pour sauvegarder leur emploi. On cherche à nous démontrer que la lutte ne paie point, il faut juste s’aplatir et applaudir les chefs du moment pour obtenir toutes les concessions et les augmentations les plus imprévues. Malheureusement, ce ne sont une fois de plus que le produit de la distribution inéquitable de la rente.

UN ESPOIR SYNDICAL ?

Un syndicat, c’est un état d’esprit, c’est une option et c’est un programme que l’on choisit selon ses convictions profondes et non par accident ou par défaut. Un syndicat, c’est aussi des droits et des devoirs. Un syndicaliste doit penser aux autres avant sa gloire, à la collectivité avant l’individualisme et à la communauté avant sa propre ambition. Il est là pour servir et non abuser en premier. Il doit être prompt à donner et maintenir l’exemple. Il est là pour quitter le navire qu’en dernier et non profiter de la moindre occasion pour se volatiliser dans la nature comme si de rien n’était.

Le syndicat est un long souffle dans une bataille où il ne faut pas filer à l'anglaise dès la petite secousse. C’est un engagement fort pour honorer son mandat électif jusqu’au bout. Lorsqu’on tire sa révérence, il faut partir sur de bonnes notes identiquement qu’on devrait rester dedans une éternité. On doit s’armer de patience et de persévérance pour fixer la ligne de mire comme objectif primordial. On ne doit pas changer de veste lorsque les sirènes adverses lui miroitent l’eldorado. Les milieux syndicaux doivent être exempts de tous reproches pour gagner la confiance des adhérents.

En outre, le syndicalisme est un équilibre nécessaire au monde du travail, qui pourrait être une force de propositions s’il jouerait pleinement son rôle. Il est là pour défendre les acquis des travailleurs alliés aux intérêts de leurs entreprises. C’est un garant formidable qui éviterait toutes les dérives possibles. C’est l’une des prunelles du pays qui surveille toute compromission au détriment de l’intérêt général et celui de toute la nation. Il se complète au rôle des partis pour les choix des politiques sociales à entrevoir au pays. Tout pouvoir a un besoin indispensable d’un contre-pouvoir pour le remettre tout le temps en question pour le bien-être et la garantie de sa pérennité. Le syndicalisme n’est pas comme un parti politique qui pourrait être dans le gouvernement ou dans l’opposition. Il occupe toujours sa même position d’équilibre.

Au vu de l’échec, sauf rare exception, de pratiquement tous la classe politique volontairement ou involontairement minée sur le terrain, le syndicalisme réel, par sa forte mobilisation sociale qu’il pourrait susciter, par sa place indéniable au sein de la société civile, pourrait être un paravent extraordinaire qui immuniserait le pays en régénérant tout le dynamisme sommeillant dans la société. Il doit être vu comme un partenaire social, absolument pas comme un ennemi à abattre comme il l’est souvent aujourd’hui. Avoir en face des syndicats forts et représentatifs ne pourrait  qu’entrevoir l’espoir d’un état de droit dans ce pays et dont chaque algérien en rêve de le voir un jour s’accomplir sur cette terre d’Algérie.

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mercredi 27 février 2013

L’Algérie ou le syndrome de Nauru

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Article à paraître dans les colonnes du Quotidien d'Oran du Jeudi 28 Février 2013 que vous pouvez consulter également sur les liens suivants:
- en format pdf: 
http://fr.calameo.com/read/0003704469521c646f862
- en format pdf zippéhttp://lequotidien-oran.com/pdfs/28022013.zip
- en format html:http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5179841
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J’avais reçu la semaine dernière un message électronique émanant du mouvement écologique algérien que j’avais consulté après m’être réveillé en plein milieu de la nuit suite à une soudaine insomnie. Comme je n’arrivais pas à retrouver le sommeil, je me suis donc connecté sur Internet pour lire du courrier laissé en instance.

CAUCHEMAR EN PLEINE NUIT

Pour mon malheur, je tombe sur une mauvaise surprise à la lecture de ce message en vous plongeant dans l’effroi qui vous glace le dos et vous laisse perplexe. Je me suis alors senti en train de vivre un cauchemar en n’arrêtant pas d’y penser à l’issue dramatique de ce petit pays dont je viens de découvrir sa descente aux enfers. Je ne cessais pas de se retourner dans mon lit et en n’ayant plus l’envie de me rendormir. J’imaginais ce même scénario catastrophe qui pourrait se reproduire un jour chez nous et qui me hantait en cette sombre nuit d’hiver de ce que nombre d’experts ne cesse d’alerter sur les périls qui pourraient être très imminents avec ces puits si jamais commencent à s’épuiser. Il faudrait de véritables réformes totalement radicales des institutions, des hommes et des mentalités politiques, économiques et sociales pour espérer sortir indemne du cycle infernal qui se dresse inévitablement devant nous.

NAURU ?

Est-ce que quelqu’un a entendu parler d’un état indépendant et membre permanent de l’ONU qui se nomme Nauru [1] ? En tous les cas, c’est la première fois que j’entends parler de ce nom que chaque algérien devrait apprendre désormais par cœur son aventure. On doit même la méditer tous les jours. Il s’agit d’un petit état, à peine peuplé de 15000 habitants, qui s’étale sur une île d’environ 21 kilomètres carrés en plein océan pacifique à mi-chemin entre Hawaï et l’Australie. Par sa taille, Nauru est considérée comme la plus petite république du monde. Si on invoque dans ce papier Nauru, c’est à cause de son passé économique qui ressemble comme deux gouttes à notre  présent dans ce domaine. C’est une Algérie minuscule mais son actualité actuelle est des plus effroyables en tous points de vue. Commençant par le début en présentant ce pays aux lecteurs.

En effet, c’est en 1968 que Nauru accéda à son indépendance après avoir été une colonie allemande de 1888 à 1914 puis australienne de 1914 à 1968 avec une période japonaise entre 1942 et 1945 au cours de la seconde guerre mondiale [2]. C’est la richesse en phosphate dont regorge ce pays qui nous pousse à soupirer profondément sur ces hydrocarbures qui pourraient nous être aussi fatales dans un lendemain qui s’approche à grands pas. Ce n’est pas la richesse de ces ressources naturelles qui pose problème mais ce sont leurs gestions anachroniques qui pourraient nous réserver un futur des plus incertains. Il existe de nombreux pays sur la planète qui dépassent de très loin notre production en énergie fossile, à l’instar des pays scandinaves, mais ils n’ont jamais compté intégralement sur les rentrées en devises de cette énergie non-renouvelable pour les gaspiller et les éparpiller dans la nature comme c’est le cas de l’Algérie durant ces années fastes. Il est inimaginable dans un pays où les institutions jouent pleinement leurs rôles que des scandales de pots de vin et de corruption éclatent telles des bombes dans tous le pays sans que les autorités réagissent avec rigueur et fermeté qui redonnerait confiance à ce peuple qui bouillonne en son for intérieur. Ces affaires sont devenues même banales et c’est là que le danger d’un effritement de l’état nous guète avec ses hameçons impitoyables qui happent sans vergogne et sans se rassasier cette Algérie. L’effet boumerang n’est pas loin, le réveil tardif risque d’être dur, très dur.

Nauru a donc inventé ce miroir funeste pour déchiffrer l’avenir de tous les pays qui ne veulent pas voiler la face. Il suffit donc de se regarder avec courage et responsabilité le visage dans ce miroir nauruan pour prédire son destin. Tout le monde se poserait la question pourquoi ce petit pays n’avait-il pas prévu sa situation actuelle ? C’est encore l’histoire de la cigale et de la fourmi qui n’a pas été retenue. Pour quelles raisons, est-il tombé en déliquescence ?  Eh bien, on pourrait être tenté de dire qu’il était aveuglé et obnubilé par cette richesse non durable et non renouvelable, qu’il n’écoutait que ses pulsions les plus dévastatrices. Ses voix consciencieuses étaient certainement inaudibles. Le Tsunami a alors tout emporté sur son passage.

L’OPULENCE DE NAURU

L’exploitation de son phosphate avait donc commencé il y a plus d’un siècle. C’est à la l’acquisition de leur indépendance que les Nauruans autochtones avaient accédé à la rente de cette ressource. Avec la hausse du cours mondial du phosphate qui avaient culminé en 1975 à 68 dollars la tonne que  la prospérité de Nauru est passée du néant à un rang la classant parmi les meilleurs PNB par tête dans le monde. Avec un produit intérieur brut de 50 000 dollars Us par habitant, Nauru s’était installée royalement durant deux décennies, juste après l'Arabie saoudite dans le classement mondial des pays aisés ! Qui disait mieux ! Sa population s’était ouverte à grands bras et sans compter à la consommation à outrance et voire ses traditions  s’occidentaliser davantage.

Elle importait tous les produits de consommation, de la simple épingle jusqu’aux voitures de luxe et de tous terrains. Cela nous rappelle étrangement notre condition virtuelle. On ne dépense pas selon les labeurs des bras mais selon les rentrées de la rente. Ce mode de vie occidental s’est avéré même néfaste par la suite pour la santé de la population avec une augmentation de l’obésité et en enregistrant le taux le plus élevé du diabète dans le monde (40% de la population atteinte du diabète de type 2) due aux mauvaises habitudes alimentaires importées et des conséquences de la sédentarité au point où leur état leur paie même les femmes de ménages venant des pays asiatiques avoisinants.

LE RETOUR DE MANIVELLE À NAURU

C’est dans les années 1990 que ce qui devait arriver arriva. Le retour de la manivelle avait débuté avec l'épuisement des réserves en phosphate, combiné en cela à de mauvais choix économiques qui avaient alors trempé inévitablement Nauru dans la faillite et l'instabilité politique. Parallèlement aux restrictions budgétaires qui ont suivi cette récession, l'état nauruan tente sans succès de diversifier son économie par le tourisme et la pêche. Ne disposant pas d’autres ressources, elle devient alors indubitablement un état voyou  en se tournant vers des activités illicites telles que le blanchiment d'argent, la vente de passeports, le marchandage de ses votes au sein des organisations internationales. Elle a même installé sur sa minuscule parcelle à peine insuffisante pour sa population des centres de réfugiés pour le compte de l’état australien aux étrangers qui attendent leur visa d’émigration vers ce pays [3].

Comme on le constate fort bien, Nauru s’est convertie en une plaque tournante du trafic international en passant d’un état respectable vers un état irresponsable et infréquentable. C’est une des conséquences directes de sa politique antérieure qu’elle est en train de payer sèchement. N’en parlons pas des effets collatéraux sur la population qui vivent maintenant au seuil de la pauvreté et de la précarité. Comme séquelle principale, l'espérance de vie s’est énormément dégringolée, passant à 59 ans pour les hommes et à 64 ans pour les femmes. Certains rapports annoncent 49 ans comme moyenne dans le pays.

LES SÉQUELLES DE LA RENTE SUR NAURU

Avec toutes les maladies des pays riches liées au cœur, au sang, à l’appareil digestif, au rein, aux dents, etc… qui rongent une grande partie de la population, c’est à une morte lente et à une fin dramatique auxquelles sont soumises les humains de ce pays devant les yeux impassibles du monde entier qui se sont déguerpis une fois le magot rempli et la source desséchée. On ne finit pas ce passage sans citer ce partenariat signé en 1997 avec l'institut international du diabète et cet état redevenu pauvre mais avec des répercussions très graves. Cet accord stipule que les Nauruans acceptent de se livrer à toutes sortes d’examens médicaux et génétiques sur une période de vingt années, contre de possibles compensations financières au profit de son gouvernement. Après une parenthèse très prospère, le nauruan touche le fond de l’abîme en se substituant aux animaux  en cobayes. Pour ainsi dire, Nauru cède ses enfants pour essayer de survivre dans ce monde impitoyable où tout le monde s’en détourne de son sort cruel. Les algériens ont-ils déjà oubliés les années noires avec le FMI appelé à la rescousse et en vous dictant ses lois après une chute brutale des cours du baril ? Alors un peu de recul, nous ferait bonnement réfléchir.

Tous les ingrédients sont donc réunis en nous pour subir le chaos de Nauru dont l’exploitation   de son phosphate a radicalement transformé cette jeune démocratie prometteuse à ses débuts en un état corrompu et clientéliste. La malédiction des matières premières est là pour nous rappeler la faillite d’un état et la ruine de ses habitants tout en détruisant tous les liens qui les tissaient à leur culture traditionnelle. C’est une histoire qui peut nous servir d’exemple et d’avertissement comme le rappelle la vidéo  intitulée « Nauru : une île à la dérive » de l’émission Thalassa de France 3 projetée en ce 27 septembre 2009 [4]. Toujours dans le cadre de ces prémonitions, nous recommandons à nous tous comme livre de chevet celui de Luc Folliet : « Nauru, l'île dévastée » [5] ou encore du même auteur un reportage télé accompagnant son livre avec le titre terrible, « L’implosion écologique de l’île de Nauru » [6], tout en espérant que la leçon nauruane serait retenue.

LES INGRÉDIENTS NAURUANS SUR L’ALGÉRIE

Ce cataclysme pourrait surgir à tout moment et à grande échelle en Algérie. Il faut prendre au sérieux ce syndrome de Nauru. Cette république est tombée en déchéance pourtant elle n’est même pas de la taille d’une de nos petites villes mais elle a un président, un gouvernement, un parlement de 18 députés, un aéroport international et une compagnie aérienne avec des avions et possédait des comptes garnis en milliards de dollars qui se sont volatilisés sitôt la crise avait pointé en le dépouillant de tous ses biens. Elle pouvait être mieux gouvernée qu’un mastodonte comme le nôtre. Et pourtant son destin est des plus inattendus.

Actuellement, le gaz de Schiste provoque un grand débat dans le pays, du moins sur les réseaux sociaux et sur les colonnes des journaux. Si le pays songe à se tourner vers cette ressource nuisible aux ressources hydriques dont il ne s’agit pas ici de le redémontrer, c’est que les gouvernants sentent la fin très proche des hydrocarbures. Si nous décidons d’exploiter cette nouvelle énergie au détriment des énergies renouvelables, on court vers un autre désordre écologique qui hypothéquerait grandement l’avenir du pays et ceux des générations futures. Ce serait encore une fois une fuite en avant.

Depuis que les autorités ont fait de la rente des pétrodollars leur feuille de route, tous les us des citoyens se sont totalement métamorphosés dans le mauvais sens. L’Algérie n’est vue non pas comme un pays à aimer mais traitée comme une vache à lait. C’est une grosse tarte à partager. Chacun veut sa part du gâteau. Il y a ceux qui ont avalé la grande portion et continuent de la croquer, de la déchiqueter de tous leurs dents de rapaces. Il y a ceux dont l’unité de change est le dinar, d’autres monnayent en milliards de centimes (un bâton ou un « mechehat » dans le jargon de nos soi-disant affairistes), les enfants et les neveux privilégiés comptent en centaines millions d’euros et les invisibles en milliards de dollars.

Pauvre Algérie qui peut finir usée et en vieille malade, victime de ses enfants qui lui ont subtilisée tous ses biens et profité d’elle jusqu’à la moelle de son épinière, ils lui ont volée tous ses joyaux pour la laisser finir ses jours dans la douleur, bonne à rejoindre le cimetière ou à défaut la maison de vieillesse. Elle leur a tout donnés mais en retour que de faux espoirs. Les dinars ne leur suffisent plus, ce sont les dollars et les euros et de toutes sortes de gains en monnaie forte qui les attirent vers la proie désignée par l’Algérie.

Depuis plus d’une décennie, au lieu d’éradiquer le mal, l’affaire Khalifa a fait des émules en encourageant tous les prédateurs à s’acharner davantage sur la malheureuse Algérie, la dernière en date, celle baptisée par affaire Sonatrach 2, qui vous donne l’envie de vomir, est là pour nous rappeler l’horreur qui persiste. Des gens sans scrupules qui n’ont jamais porté l’Algérie dans leur cœur comme le dévoile ces transactions qui nous rappellent le rôle maffieux de ces intermédiaires.

Attention, l’Algérie possède une mémoire d’éléphant qui se souvient de tout, du plus petit au grand et énorme détail. Elle voit tout, subit tout mais ne réagit pas immédiatement. Sa revanche est un plat qui se mange froidement  qu’elle réserve à chacun  de ses résidents qui ne lui ont pas été fidèle, qui l’ont escroquée et qui lui ont dérobée sa jeunesse.

Références:
[5]- Luc Folliet, Nauru, l'île dévastée - Comment la civilisation capitaliste a anéanti le pays le plus riche du monde, Edition « La Découverte », 2009.

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mercredi 20 février 2013

Ah ! Si on ouvrirait nos boîtes de Pandore.


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Article à paraître dans les colonnes du Quotidien d'Oran du Jeudi 21 Fevrier 2013 que vous pouvez consulter également sur les liens suivants:
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http://fr.calameo.com/read/0003704465e821686191c
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Au début de l’automne 2012 avait éclaté un scandale qui avait défrayé la chronique en Allemagne et qui avait vu en fin de compte, en ce début du mois de février 2013, la ministre de l’éducation de ce pays remettre sa démission de son poste [1].

Est-ce pour une affaire de corruption ? Non ! Est-ce pour une affaire de détournements de deniers publics ? Non ! Est-ce pour avoir reçu des pots de vins d’un fournisseur pour équiper les écoles de son pays ? Non ! Est-ce pour abus de pouvoir ? Non ! Est-ce pour abus de biens sociaux ? Non ! Est-ce pour avoir échoué dans la politique de son département ministériel ? Non ! Est-ce pour avoir subi un revers électoral dans son parti ? Non ! Est-ce pour un détournement de la volonté  populaire des citoyens ? Non ! Non et non,  rien de cela, c’est uniquement pour une affaire d’éthique et de déontologie. L’argent n’est donc pas au milieu de ce remords comme on ne cesse de le voir dans notre pays.

Annette Schavan, dont-il s’agit ici, est accusée d’avoir plagié sa thèse de doctorat universitaire. L’université de Düsseldorf qui lui avait accordée son doctorat, tenez-vous bien en 1980, n’a pas hésité un seul instant à expliquer aux opinions scientifique en particulier et publique en général que madame la ministre, de surcroît responsable de la recherche dans son pays, avait "systématiquement et délibérément" triché en écrivant sa thèse de philosophie. C’est grâce aux fortes critiques d’un simple enseignant de cette université, relayées ensuite par le journal Spiegel, que les choses s’étaient accélérées par la prise en charge du dossier par la commission de l'université chargée de délivrer les doctorats qui avait ensuite décidé, le 12 décembre 2012, d'ouvrir une enquête pour mettre au clair cette affaire. En toute liberté et en toute transparence, l’université a finalement invalidé le titre de Doctorat de la ministre.

Comme on le constate fort bien, les commissions sont créées pour aller jusqu’aux bouts de leurs investigations les plus profondes et non s’arrêter brusquement en les détournant de leurs objectifs dès qu’elles butent sur des grosses légumes. Dans le cas où ce type de commissions serait enfanté chez nous, combien de scandales auraient éclatés sur nos figures ? Combien alors de diplômes seraient-ils invalidés ?

Portons à la connaissance des lecteurs que celle qui est députée depuis 2005 et qui fut, durant 4 années, la vice-présidente de l'Union Chrétienne-Démocrate (CDU), derrière la présidente, sa chancelière Angela Merkel et également son amie proche de longue date, a décidé de quitter librement son fauteuil, rongée par cette question de pure moralité. Comme elle l’avait déclaré, elle avait déposé sa démission pour ne pas trainer les conséquences d’une telle procédure sur son ex-ministère, sur les épaules de son gouvernement et sur le dos son parti qui affronterait les échéances des élections législatives dans moins de 8 mois. La démissionnaire rajoute que "Cela ne va pas, la fonction ne doit pas être salie" ! Est-ce que cette moralisation de la vie politique verrait-elle le jour chez nous ? Je sens que beaucoup de citoyens seraient pessimistes sur la question qui ne mériterait même pas d’être posée.

Cet exemple de pays de la transparence tel que l’Allemagne, n’est pas à sa première dans son tableau de chasse. En effet, en mars 2011, c’était le ministre de la défense Karl-Theodor zu Guttenberg, accusé lui aussi de plagiat, qui passait à la trappe [2]. L’université de Bayreuth (à ne pas confondre avec le Liban, cette université se trouve dans la région de la Bavière en Allemagne), où il avait obtenu en 2007 son titre de Docteur en droit, avait annoncé par la voix de son président le retrait du diplôme au ministre. Elle l’accuse de « ne pas avoir donné lieu à un travail scientifique correct" sans toutefois qualifier son travail de plagiat. Ses détracteurs l’avaient surnommé le "Baron copier-coller" ou "Baron von Googleberg".

Pour avoir recopié dans sa thèse des passages entiers sans citer leurs auteurs, le ministre n’a pas non plus fui ses responsabilités en  répondant pendant plus d'une heure aux questions des députés du Bundestag (chambre basse du parlement allemand), tout en reconnaissant avoir commis des "fautes graves" dans la rédaction de sa thèse, mais en rejetant les accusations de plagiat par l'opposition qui l'avait traité de menteur et d'imposteur.

Pas loin de l’Allemagne, c’était le président hongrois Pal Schmitt en personne qui avait abandonné ses  charges présidentielles en Avril 2012 pour une affaire semblable après s’être vu retiré par le Sénat de l'Université Semmelweiss de Budapest son titre de Docteur en affirmant que sa thèse de Doctorat ne répondait pas aux  «méthodes scientifiques, ni éthiques» [3]. Le présidait n'avait cessé de plaider non coupable. Mais la sentence était tombée : «Puisque selon la constitution, la personne du président doit représenter l'unité de la nation hongroise, et que ma personne est malheureusement devenue synonyme de division, je sens que mon devoir est de me séparer de mon poste», avait souligné le chef d’état hongrois, mort dans l’âme, devant la chambre des députés. C’était aussi un hebdomadaire hongrois HVG qui avait révélé l'affaire en présentant des passages de la thèse de Pal Schmitt, 69 ans qui s’avérait comme une traduction du texte en français d'un expert bulgare. Le couperet est lâché, le parlement avait accepté sa démission, avec 338 voix pour, 5 contre et 6 abstentions.

Un simple conseil scientifique d’une université qui fait tomber un président ! Il fallait vivre  pour le croire dans un pays qui n’était pas plus tard hier dans le même système que nous. Des chemins diamétralement opposés sont parcourus par les deux pays, l’un pour un progrès sans cesse grandissant et le nôtre pour un marasme profond à rendre malade tous les intègres et les honnêtes de ce pays.

 « Khali Elbir Beghtah (Laisse le puits avec son couvercle) ! », comme m’avaient répondu certains amis sur Facebook lorsque j’avais soulevé la question si on pourrait un jour ouvrir nos boîtes de Pandore. Une amère conclusion pour un dossier qui mérite toutes les attentions particulières si on veut que le pays puisse un jour espérer sortir de la bouteille dont l’issue s’obstrue sans fin avec un air qui se carbonise davantage.

Références:




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mercredi 6 février 2013

Pardonne-nous de ce que tu as subi !

Je ne pense pas que la majorité des algériens ne soient pas été concernés, de près ou de loin, de ce qui s’est déroulé lors de la dernière session du comité central du FLN. Une réunion classée à haut risque qui a lieu avec les deux camps antagonistes au grand complet et en présence de huissiers de la justice s’il vous plait devant des médias venus couvrir en grand nombre l’évènement si l’on pourrait le nommer ainsi où on a vu des personnalités, entre guillemets, se chamaillaient pour des futilités qui n’ont absolument rien à voir avec l’histoire, la grandeur et les valeurs du FLN, véritable cheval de bataille, fédérateur de toutes les forces politiques du pays d’avant 62 et grand artisan de son indépendance.

Les néo-maîtres du FLN ne discutaient pas de nouvelles idées ou de programmes porteurs à entreprendre pour le pays malade de leurs disputes, pour un oui ou un non, mais se battaient pour le maintien ou non du secrétaire général dont on ignore officiellement les dessous des cartes de son éviction. Rien n’est sorti de l’iceberg. Depuis plus de 2 ou 3 années, c’est une véritable guerre de tranchées entre les pour et les contre le patron du parti offrant un spectacle lamentable aux algériens et aux observateurs étrangers et en piétinant davantage la bannière sous laquelle ils s’affrontaient.

On n’est pas là pour défendre le parcours de son désormais ex-chef mais si l’on suit une certaine logique, on ne pourrait toucher à un seul cheveu de celui qui a fait gagner son parti aux deux dernières élections en se permettant même le luxe de caracoler en tête du peloton. Sauf, peut-être, si ses adversaires n’y croient pas à des victoires arrachées librement d’urnes transparentes et dont ils connaissent sans doute tous les secrets de cette alchimie.

Sa défaite politique aux élections aurait été dans ce cas le seul argument possible qui pourrait accentuer sa chute. Si on poserait la question, pourquoi veut-on le départ du chef du parti, à des membres de ce comité qui ne tiendraient objectivement compte que de son bilan, quoiqu’on dise est largement positif, on se demanderait quelles réponses iraient chercher si ce n’est par hostilité à la personne dont on ne veut plus le voir à la tête du pauvre FLN malmené dont seuls les 3 sigles, tant bien que mal, titubent encore sous le poids de ses bourreaux.

En outre, un secrétaire général d’un parti ne pourrait jamais sortir affaibli à la suite d’élections conquises haut la main et qui devaient le conforter largement sur ses positions. Il est également logique qu’un parti à double-tête ne pourrait nullement espérer remporter des élections et se permettre même le luxe de plomber loin derrière lui tous ses poursuivants. C’est aussi une autre contradiction et une bizarrerie à l’algérienne.

Il est vrai que tout a été préparé en amont pour que ce miracle ait pu se produire selon le schéma prescrit. Le chemin a été déblayé devant le virtuel gagnant contrairement à celui de ses suivants qui a été obstrué pour empêcher leur arrivée sur le podium en plus d’innombrables formations dont la vie politique n’excède pas quelques maigres mois et en n’omettant pas de citer au passage les fameux articles des 5 et 7% exclusifs de la loi électorale qui ont fait des ravages en convertissant un parti minoritaire en une majorité très aisée.

En dépit de cette victoire abondamment raflée, on comprend à postériori l’entêtement des redresseurs, au fait des manœuvres souterraines, à vouloir déchoir par tous les moyens l’infortuné premier secrétaire de son trône. On ne pourrait pas naviguer à contre-courant du sort qui lui a été réservé depuis qu’il commençait à exhiber ses griffes et à tenter de vouloir voler de ses propres ailes en préméditant en catimini de jouer en cavalier seul si jamais on lui desserrait les liens le ligotant au poteau alors qu’il est juste ici en chargé de mission attendant les ordres ou à défaut les redressements du palais.

C’est donc pour plusieurs raisons que les algériens s’intéressent à l’histoire présente de ce parti dont les dernières pulsions devraient s’arrêter en 62.  Le rajout de ces 50 années de rallonge à sa vie nous fait souffrir de le voir endurer ce nième calvaire. Il a été ressuscité dans l’intention de lui faire jouer un rôle qui n’est absolument pas le sien et dont il est totalement innocent. Il a vécu ces supplémentaires années comme dans un cauchemar.

Il n’a été que l’ombre de lui-même, trimbalé par tous les souffles, erré dans tous les déserts, trainé dans la boue, sali comme il ne l’a jamais été. Il a même vécu des putschs scientifiques dont il en est sorti plus qu’humilié. On lui a fait subir tous les supplices dont il se souviendrait lorsque l’heure des comptes aurait sonné. Comme un malheur ne vient pas tout seul, tous les échecs des gouvernants successifs lui ont été endossés. Toute son histoire a été souillée durant ces 50 ans qu’il a construite et payée du sang de ses enfants en 7 années d’une éprouvette lutte.

C’est l’histoire contemporaine du peuple algérien qui lie la totalité des algériens au vieux parti dont la lettre « L » a beaucoup de signification dans leur mémoire collective et qui avait toute son véritable sens avant 62. Même si l’on n’a pas été tous adhérents par carte au FLN, on a été tous naturellement militants de cœur, par filiation ou par hérédité à l’enseigne emblématique qu’il représentait. Le contraire aurait surpris tout le monde. Le FLN, c’est aussi l’histoire de la révolution, qui a été complètement défiguré par la suite à vouloir l’impliquer à toutes les sauces dès lors qu’il devait reposer en paix, ce héros spirituel de la révolution. Il devait rester en cet état presque parfait, l’intouchable qui devait résister à toutes les tentations des hommes à l’amadouer ou à l’apprivoiser, lui le rebelle, l’indomptable qui a vaincu le colonialisme avec toute son étendue.

Nos parents étaient à 100% FLN. Les enfants ne pourraient que suivre logiquement par amour à leurs ascendants les idoles de leurs aïeux en entretenant saine et sauve la légende. Comparativement tous les algériens supportent aujourd’hui leurs équipes sportives nationales mais au niveau local, chacun suit ses propres protégés. L’équipe première c’est pour tous, elle est vénérée par tout le monde, elle ne peut se mesurer aux équipes du championnat national. Autrement, elle deviendrait une équipe normale qui perdrait de son aura à chaque fois qu’elle rencontrait une autre équipe ordinaire. Elle n’aurait plus l’estime de tous en perdant de sa superbe à chaque tour d’horizon. Son charisme serait vite écorné.

On se demande aujourd’hui pourquoi l’initiale « L » n’a pas été modifiée puisque le pays a été libéré de l’ennemi extérieur. Pourquoi, comme dirait cet internaute, l’ALN a changé de sigles en devenant ANP tandis que le FLN est demeuré en l’état ? Si l’ALN a été le bras armé du FLN durant la révolution, en toute logique, il ne pourrait continuer à jouer le même rôle après l’indépendance. D’ailleurs, toutes les tendances politiques des algériens d’avant 54 ont été regroupées en son sein pour s’unir afin de dégager la France coloniale. Idem pour la fameuse équipe de foot du FLN qui avait porté haut et fort sous son égide les aspirations profondes du peuple algérien à conquérir sa liberté. Sitôt l’indépendance, cette équipe avait disparu au profit d’une équipe nationale tout court. Ses joueurs sont allés le plus normalement du monde rejoindre leurs équipes de club. Ce ne sont plus les mêmes combats et les mêmes enjeux d’avant et d’après. C’était inconcevable qu’elle puisse rester sous cette appellation.

Si cette équipe n’existe plus aujourd’hui, le FLN devrait lui aussi retrouver sa place au sein du musée de l’histoire de ce pays à titre posthume à l’instar de toutes les autres constantes nationales. Il fallait le protéger, le conserver en son état pur. Regarder l’image que préservent les Algériens de Mourad Didouche, de Larbi Ben M’hidi, de Mostefa Benboulaid et de tous les martyrs. Ils ont cessé d’exister pour rentrer à perpétuité dans le sacré. Les algériens dans leur ensemble devraient être plus que concernés par ce qui est arrivé à ce patrimoine qui leur est très cher. Ils sont dans leur droit de demander des comptes à ceux qui se sont autoproclamés détenteurs des clés de la maison de ce parti. Lorsque le peuple algérien constate amèrement ce qui a été fait par la suite du parti de l’indépendance, on ne peut regretter qu’il ne soit pas mis en berne, en martyr les armes à la main pour être idolâtré pour l’éternité.

Nous avons tous regretté ce qui s’était arrivé lors des soulèvements d’octobre 88 où les propriétaires de l’époque ont fait maudire ce sigle aux algériens au point où ils ne supportaient plus sa vue. L’image de ses permanences incendiées ont été un choc pour les algériens qui ont vécu les nuits sombres du colonialisme. Un blason pour lequel des algériens sont morts en martyrs et pour lequel il est devenu une marque déposée pour tous les opprimés sur terre.

En conclusion, il n’est jamais trop tard pour y remédier à cet oubli de l’histoire pour rétablir une injustice en remettant ce parti au peuple pour le prémunir dans sa galerie de tous les prédateurs qui persistent toujours à l’affût à guetter les moindres opportunités.

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